petite histoire
Pataterie CHEZ PHILIPPE
À votre service depuis 1962
« Ne leur sers jamais ce que tu ne mangerais pas toi-même... »Philippe Hachez, à son fils John
Ceux qui sont familiers avec le quartier reconnaîtront l'ambiance qui y régnait durant les années 1960 et suivantes.
En face de chez J.A. Tessier, un magasin de meubles de Lachine où Philippe jouait les hommes à tout faire, il y avait une pataterie qu’il fréquentait tous les midis. Le propriétaire, un certain Normand Bourdeau, avec qui il lui arrivait de s’entraîner, exploitait alors quatre NORMAND PATATES (il allait éventuellement en ouvrir dix-neuf autres dans l’ouest de Montréal).
    Un jour, Normand proposa carrément au jeune Philippe, qui avait alors 30 ans, de quitter son emploi chez Tessier et d’entrer à son service. C’était un pensez-y-bien... Il admirait Normand, qu’il considérait un peu comme son mentor, et il y avait quelque chose qui l’attirait dans le métier qu’il pratiquait, mais sa femme venait de donner naissance à son premier fils (John) et il avait l’impression qu’il n’arriverait pas à se faire soixante dollars par semaine en vendant des frites, des hot dogs et du poisson pané chez Normand. C’était dix dollars de moins que ce qu’il gagnait chez Tessier...
    C’était quand même tentant. Normand lui avait dit qu’il projetait d’ouvrir un ixième NORMAND PATATES au 1877 de la rue Amherst... Il hésitait encore quand Normand lui proposa un marché.
    — Prends ta semaine de vacances et viens travailler chez moi. On y verra plus clair après.    Philippe ne le savait pas encore, mais il venait de trouver sa voie.    Au bout de la semaine d’essai, Normand le prit à part.    —    T’es encore meilleur que j’pensais, mon Philippe. Si tu veux, tu commences le 5 juin. J’te donne 90 $ par semaine. Ça t’arrange-tu ?    C’était vingt dollars de plus que son maigre salaire de revendeur de meubles.
1962
Il entra au service de Normand en 1962, en qualité de responsable du quart de soir, à la pataterie de la rue Notre-Dame.    —    Le menu était simple. Des frites à 0,10 $ ou à 0,25 $, des hot dogs vapeur à 0,20 $ — c’était 0,05 $ de plus qu’ailleurs, mais la saucisse était plus grosse —, poisson pané et frites pour 0,45 $ et du Coke à 0,10 $. C’est tout ce que nous avions à vendre et tu me croiras si tu veux, il nous arrivait d’en vendre pour 2 000 $ par semaine...    C’est dans cette minuscule pataterie qu’il a pris du gallon.    Le 6 septembre 1962, Normand ouvre la pataterie de la rue Amherst et il propose à Philippe de la gérer.    —    En tant que gérant, je me faisais 100 $ par semaine plus 40 heures de temps supplémentaire à un dollar l’heure. J’avais doublé mon salaire, mais la pataterie ne marchait pas fort... Pas à mon goût, en tout cas.    C’est alors qu’il décida de prendre les choses en main. Après avoir vainement tenté d’amener Normand à ajouter de nouveaux items sur le menu, il lui proposa d’acheter la pataterie. Il savait que Normand avait investi 15 000 $ dans le restaurant — les friteuses, l’aménagement du local, etc. — et il avait l’impression qu’il accepterait de s’en départir s’il lui en offrait 20 000 $...    Normand lui en demanda finalement 25 000 $.    —    J’avais pas une cenne et je venais d’acheter ma première maison, alors j’ai triché mon gérant de Caisse populaire. Je lui ai demandé de me prêter 2 000 $ pour rénover ma maison. Il a accepté, en exigeant tout de même l’endossement de Normand. J’ai emprunté 300 $ à ma belle-mère et 500 $ à un ami, à 20 % d’intérêt... J’ai réglé le solde de mon emprunt à 100 $ par semaine, puis à 400 $ par semaine quand ça s’est mis à mieux marcher.    C’est ainsi que la Pataterie Chez Philippe, qui allait devenir l’institution que vous connaissez, a démarré, en pleine Révolution tranquille...